Le pont des arts

Stéphane

Une trentaine d'années, dont un certain nombre passées dans la rue. Un pantalon type militaire, caractéristique. Un goût prononcé pour l'alcool, drogue qui devient vite vitale quand on nous refuse le droit de vivre dignement. Un frère, un ami, quelques voisins. Un abri, sous un pont.

Rive gauche, un dôme imposant, une large place en demicercle délimitée par les murs de l'institut de France. Les dorures de la bâtisse étincellant sous les raysons d'un soleil printannier.
Rive droite, le plus grand musée du monde. Une pyramide de verre, deux grandes places, des milliers d'œuvres d'art, des millions de touristes.
Entre les deux, le pont des Arts, espace piéton où se promènent toujours quelques amoureux.

Stéphane s'est jeté du haut de ce pont, vendredi 6 mars.
Son corps a été repêché le lendemain.

Notre indifférence l'a tué.
Comment peut-on accepter de continuer à travailler, consommer, vivre dans une telle société qui détruit des individus ? Comment peut-on être égoïste au point de laisser mourir notre semblable sur le pas de notre porte ? Où est passée notre humanité ? Sommes-nous devenus aveugles ?
La société, c'est nous. Nous sommes tous, individuellement, responsables de la mort de Stéphane. Pour toutes les fois où nous sommes passés devant sans un regard, sans une attention. Pour toutes les fois où nous avons refusé notre aide à un homme qui en avait pourtant le besoin.

Stéphane est mort.
Et beaucoup d'autres attendent dans ces wagons de la mort, sans autre espoir que votre aide et votre soutien.
N'attendez plus.